Violences faites aux femmes : Djenet Cissé alerte sur la hausse des cas de viol et de violences économiques

À l’occasion du mois consacré à la promotion des droits des femmes en République de Guinée, un entretien a été réalisé ce jeudi 12 mars 2026 avec Djenet Cissé, substitut du procureur près du Tribunal de Première Instance de Kaloum. Au cours de cet échange, la magistrate a évoqué les difficultés auxquelles les femmes et les filles sont confrontées lorsqu’elles souhaitent saisir la justice, les formes de violences les plus fréquentes, ainsi que le rôle essentiel du parquet dans la protection des victimes.

Interrogée par notre rédaction sur les principaux obstacles qui empêchent les femmes et les filles d’accéder facilement à la justice, Djenet Cissé souligne l’existence de plusieurs facteurs qui freinent les démarches judiciaires. Parmi eux, la pesanteur socioculturelle occupe une place importante.

Selon elle, certaines traditions et mentalités continuent d’influencer les comportements et peuvent décourager les victimes de porter plainte. À cela s’ajoute la situation économique de nombreuses femmes, qui constitue un frein majeur.

« Le manque de moyens empêche souvent ces femmes non seulement d’engager les procédures judiciaires, mais aussi de les suivre jusqu’au bout », explique-t-elle. La magistrate évoque également la peur d’être stigmatisée, notamment avec l’essor des réseaux sociaux. Lorsque des affaires sont rendues publiques ou relayées en ligne, cela peut provoquer honte et intimidation chez les victimes, déjà fragilisées. La pression exercée par la famille ou l’entourage représente également un obstacle supplémentaire.

Concernant les formes de violences les plus souvent portées devant la justice, Djenet Cissé précise que, dans la juridiction de Kaloum, les cas ne sont pas très nombreux. Cependant, au cours de sa carrière dans plusieurs juridictions, notamment à Coyah, Mafanco et Dixinn, elle a constaté une hausse significative des cas de viol.

Par ailleurs, de nouvelles formes de violences apparaissent ou sont davantage dénoncées, notamment les violences économiques. La magistrate cite l’exemple des plaintes déposées par des femmes contre leurs conjoints pour abandon de famille. Selon elle, cette notion ne se limite pas au fait de quitter le domicile conjugal, mais englobe également le refus de contribuer aux charges familiales et à l’entretien des enfants. À ces situations s’ajoutent les violences psychologiques, telles que les insultes, les humiliations ou la discrimination, qui restent malheureusement fréquentes dans la société.

Dans la lutte contre ces injustices, les institutions judiciaires jouent un rôle central. Djenet Cissé rappelle que le parquet constitue un maillon essentiel dans la protection des victimes.

« C’est le parquet qui reçoit les plaintes, dirige les enquêtes et engage les poursuites contre les présumés auteurs », explique-t-elle. Agissant au nom de la société, il veille également à l’application rigoureuse de la loi et à la défense des droits des victimes.

La magistrate rappelle par ailleurs que plusieurs mécanismes existent aujourd’hui pour accompagner les femmes et les filles victimes de violences. La Guinée a ratifié de nombreux instruments juridiques nationaux et internationaux destinés à protéger les droits des femmes. Le Code pénal et le Code de l’enfant prévoient également des dispositions importantes en matière de protection.

En plus des institutions judiciaires, d’autres acteurs participent à cet accompagnement, notamment les organisations de la société civile, les ONG, les cabinets d’avocats et diverses institutions de défense des droits humains. Selon Djenet Cissé, ces partenariats contribuent à renforcer la protection des victimes et à améliorer leur prise en charge lorsqu’elles décident de saisir la justice.

Profitant de la célébration du mois de la femme, la magistrate a adressé un message d’encouragement aux femmes et aux filles de Guinée. Elle les invite à ne pas avoir peur de défendre leurs droits et à faire confiance à la justice. Elle insiste également sur l’importance de l’éducation des filles, qu’elle considère comme un levier fondamental pour leur autonomisation et leur protection.

« Il faut investir davantage dans l’éducation des jeunes filles. On ne fabrique pas une personne adulte du jour au lendemain : ce sont les enfants d’aujourd’hui qui feront la société de demain », affirme-t-elle. Djenet Cissé s’inquiète notamment du nombre important de filles qui abandonnent les études en Guinée, estimant que l’accès à l’éducation constitue un moyen essentiel pour permettre aux femmes de mieux connaître et défendre leurs droits.

À travers cet entretien, Djenet Cissé met en lumière les défis persistants liés à l’accès des femmes à la justice, mais également les progrès réalisés grâce aux dispositifs juridiques et aux efforts conjoints des institutions et des partenaires. En ce mois dédié aux droits des femmes, son message se veut à la fois un appel à la confiance envers la justice et un plaidoyer en faveur d’un investissement accru dans l’éducation des filles, condition essentielle pour bâtir une société plus juste et plus équitable.

Par Rama Fils, pour lerenifleur224.com