Face au défi de la transparence, soutenir l’effort et accélérer la réforme (Par Joachim Baba Millimono)

La 5ᵉ République, sous le leadership du Président Mamadi Doumbouya a placé la lutte contre la corruption au cœur de son projet national. Depuis 2021, des procédures judiciaires ont été engagées, des responsables poursuivis, et l’Agence Nationale de Lutte contre la Corruption GN (ANLC-PBG) a été mobilisée. Ces actions traduisent une volonté claire de briser l’impunité et restaurer la confiance des citoyens. 

Mais les chiffres de l’#Indice de perception de la corruption 2025 rappellent une vérité crue : la perception internationale reste figée. Avec un score de 26/100, la Guinée demeure sous le seuil critique de 30, celui où la corruption est perçue comme systémique. Ce constat ne doit pas décourager, mais galvaniser. Car il montre que la bataille ne se gagne pas seulement par des arrestations spectaculaires, mais par des réformes structurelles et durables. 

Il serait injuste de nier les pas franchis. Le CNRD et maintenant la 5ᵉ République a ouvert une brèche dans l’impunité. Elle a montré que la corruption n’est plus tolérée comme une fatalité. Ces signaux doivent être consolidés, amplifiés et rendus irréversibles. 

Pour transformer la volonté politique affichée du Président de la République en résultats tangibles, des éformes urgentes doivent être engagées pour une rupture mesurable. Pour cela, plusieurs chantiers doivent être accélérés : 

– Garantir l’indépendance réelle de la justice et du parquet, afin que les poursuites soient systématiques et crédibles comme l’annonçait très récemment le tout nouveau ministre de la justice et des droits de l’homme, le très respecté juge Ibrahima Sory TOUNKARA dont la nomination à été salué par plus d’un et suscité de l’espoir pour la justice guinéenne.

– Digitaliser intégralement les marchés publics, pour réduire les zones d’opacité et instaurer une traçabilité totale. 

– Publier et contrôler les déclarations de patrimoine des responsables, afin d’ancrer la transparence dans la culture politique. 

– Renforcer la Cour des comptes et les organes de contrôle, en leur donnant les moyens d’agir efficacement. 

– Protéger les lanceurs d’alerte, mettre en place des mesures incitatives à la dénonciation et garantir les libertés civiques, car une société muselée ne peut combattre la corruption. 

La Guinée doit se fixer un cap sans désemparer. Celui de franchir durablement la barre des 30/100 d’ici 2028. Cet objectif est atteignable si nous articulons notre action autour de trois axes au moins :

1. Institutionnaliser la transparence : rendre publics les budgets, les rapports et les décisions. 

2. Moderniser la gouvernance : utiliser les outils numériques pour tracer chaque transaction publique. 

3. Mobiliser la société : associer citoyens, médias et organisations civiles à la lutte anticorruption. 

La promesse présidentielle ne doit pas rester un slogan. Elle doit devenir une réalité mesurable.

La Guinée a l’opportunité historique de montrer que la 5ᵉ République n’est pas seulement une fin de transition militaire, mais une refondation. Soutenir les efforts déjà engagés est essentiel, mais il faut aller plus loin : bâtir des institutions solides, transparentes et crédibles. 

La rupture est possible. Elle dépend de notre capacité collective à transformer les intentions en réformes, et les réformes en résultats. 

Joachim Baba Millimono