DASAF 2025 : Conakry accueille la troisième édition du dialogue pour les choix reproductifs en Afrique francophone
La capitale guinéenne accueille, du 21 au 23 octobre, la troisième édition du Dialogue pour les choix reproductifs en Afrique francophone (DASAF), une initiative phare du Centre ODAS. Placée sous le thème évocateur “Unifier nos voix et s’engager pour des choix reproductifs en Afrique francophone”, cette rencontre réunit près de 400 participants venus de 22 pays, d’Afrique francophone et d’ailleurs, pour trois jours d’échanges, de plaidoyers et d’engagements politiques forts.

La cérémonie d’ouverture, orchestrée sous la direction du Ministère de la Promotion féminine, de l’Enfance et des Personnes vulnérables, a été marquée par la présence de plusieurs membres du gouvernement guinéen, des représentants d’ambassades et d’organisations internationales, ainsi que de partenaires techniques et financiers.

Dans son discours d’ouverture, Madame Kadidiatou SOW, Directrice du Centre ODAS, a livré une déclaration forte, soulignant l’urgence et la nécessité de défendre les droits reproductifs

« Ce dialogue répond à une exigence politique, morale et stratégique : réaffirmer que les droits reproductifs des femmes et des filles, en Afrique comme ailleurs, sont un impératif. Un impératif que nous défendons à ODAS avec la plus grande ferveur et que nous portons toutes et tous ensemble en tant que mouvement. Un impératif qui nous engage à agir avec responsabilité, lucidité et sans compromission. Un impératif qui nous rappelle en ces temps troubles que les progrès acquis ne le sont jamais définitivement et qu’il nous revient d’être constants, unis et résilients dans nos efforts. » Poursuivant dans son discours, elle a insisté sur la réalité dramatique à laquelle l’Afrique subsaharienne est confrontée
« Selon l’Institut Guttmacher, 15,4 millions d’avortements ont été pratiqués en Afrique subsaharienne en 2019. 77 % dans des conditions non sécurisées… Environ 16 000 femmes meurent chaque année des suites d’un avortement non sécurisé. » Regrette elle
Un constat alarmant qui, selon elle, appelle à une cohésion renforcée face aux remises en cause croissantes, subtiles ou frontales, des droits reproductifs. Quant à W. Cécile THIOMBIANO/YOUGBARE, présidente du conseil consultatif d’ODAS, a rappelé la vocation du Centre depuis sa création en 2021. Elle a annoncé une transition institutionnelle audacieuse, avec pour ambition de consolider une gouvernance féministe, inclusive et transparente
« En effet, depuis sa création en 2021, le Centre ODAS a su fédérer une diversité d’acteurs autour d’une conviction commune : celle que les femmes et les filles d’Afrique francophone ont droit à la dignité et au choix. En seulement quelques années, nous avons vu s’étendre un réseau de solidarité, de savoirs et d’actions qui transcende les frontières, les disciplines et parfois même les silences. Mais, un mouvement qui veut durer doit savoir se transformer. Et c’est précisément cette transformation que nous accompagnons aujourd’hui une transition institutionnelle audacieuse, portée par la volonté d’asseoir une gouvernance féministe, inclusive et transparente. Aujourd’hui, alors que, nous entrons cette phase d’autonomisation, notre responsabilité est claire : consolider nos acquis, renforcer notre gouvernance et garder vivant l’esprit militant qui a fait naître ODAS. »
Enfin, Madame Charlotte Daffé, ministre de la Promotion féminine, de l’Enfance et des Personnes vulnérables, a réaffirmé l’engagement du gouvernement guinéen

« Le Gouvernement réaffirme sa vision de construire une société inclusive fondée sur la dignité humaine, la solidarité et l’égalité des chances. Nous admettons qu’aucun développement durable n’est possible sans la pleine participation des femmes car leur rôle dans la transformation économique, sociale et politique est essentiel à la prospérité de nos nations. » Déclare-t-elle avant de saluer les avancées politiques nationales, telles que : la politique nationale du genre, la stratégie de lutte contre les violences basées sur le genre, la criminalisation des mutilations génitales féminines, et la politique nationale de santé reproductive, maternelle, néonatale et infantile. Toutefois, elle a rappelé les limites du cadre juridique guinéen, précisant que : « L’avortement médicalisé est autorisé seulement en cas de viol, d’inceste ou de danger pour la santé mentale et physique de la mère ou la vie du fœtus. »

La rencontre s’est enrichie de panels thématiques et de dialogues multi-acteurs, dans une ambiance rythmée par des prestations artistiques du folklore guinéen, témoignant de l’hospitalité locale et de la richesse culturelle du pays hôte.


En réunissant les forces vives du continent autour de la question cruciale des droits et choix reproductifs, le DASAF 2025 à Conakry confirme son rôle de plateforme stratégique, inclusive et résolument tournée vers l’action. À travers les voix engagées de militantes, de responsables politiques et d’acteurs de la société civile, un message clair est envoyé : les droits des femmes ne sont pas négociables. Mais au-delà des discours, c’est dans la mise en œuvre, la continuité des engagements et la solidarité entre les nations que se jouera le véritable changement.

Par Rama Fils, pour lerenifleur224.com