Guinée : Une crise de confiance, plus qu’une crise de liquidité, selon Ousmane Gaoual Diallo

Le porte-parole du gouvernement guinéen, Ousmane Gaoual Diallo, a tenu une conférence de presse ce lundi à l’occasion de la rentrée gouvernementale de la transition. Il a profité de cette tribune pour s’exprimer sur la crise de liquidité qui frappe le pays depuis plusieurs mois, tout en précisant qu’il ne s’agirait pas d’un problème économique à proprement parler.

Dès l’entame de son intervention, Ousmane Gaoual a tenu à clarifier que cette crise de liquidité ne découle pas d’un déséquilibre macroéconomique ou d’une pénurie d’argent au niveau national, mais plutôt d’un comportement généralisé de méfiance à l’égard des institutions bancaires.

« La crise de liquidité que nous connaissons actuellement n’est pas une crise économique, mais une forme d’inquiétude. Cela signifie que plus d’argent est conservé dans les domiciles, portefeuilles ou coffres-forts personnels que dans les banques », a-t-il expliqué.

Selon lui, ce phénomène freine la circulation de l’argent, empêchant ainsi le dynamisme économique basé sur les échanges quotidiens. Plusieurs facteurs expliquent cette réticence des citoyens à faire confiance au système bancaire : la crainte de ne pas pouvoir récupérer intégralement son argent, les frais bancaires jugés excessifs, mais aussi les enjeux fiscaux.

« On peut se dire : si je mets mon argent à la banque, est-ce que je pourrai vraiment le récupérer un jour ? Ensuite, il y a les frais. Si je dépose 1 000 francs, je récupère 950 francs. Ce n’est pas acceptable pour beaucoup de gens », a-t-il ajouté.

Pour faire face à cette situation, le gouvernement prône une modernisation des moyens de paiement et encourage l’adoption des solutions numériques.

« Ce que nous voulons, c’est dématérialiser les paiements, comme cela se fait dans les économies modernes. Cela permettrait de réduire notre dépendance à la monnaie fiduciaire et de prévenir les crises de liquidité. »

Toutefois, le ministre reconnaît que des obstacles subsistent, notamment dans les habitudes quotidiennes : « Il est encore plus simple, aujourd’hui, d’acheter des condiments au marché avec des billets que via Orange Money ou une autre application. »

Face aux rumeurs sur une éventuelle injection massive de nouveaux billets dans l’économie, Ousmane Gaoual a été catégorique : le gouvernement n’envisage pas une telle mesure, qui pourrait s’avérer contre-productive.

« Même si on imprime de nouveaux billets, les citoyens peuvent toujours les retirer et les stocker chez eux. La crise perdurerait. L’émission de billets doit uniquement répondre aux besoins liés à l’usure ou à la croissance économique. »

Il a également mis en garde contre les conséquences d’une création monétaire incontrôlée, notamment les risques d’inflation et d’érosion du pouvoir d’achat.

« Lorsque l’État paie avec de l’argent qu’il n’a pas, il augmente artificiellement la masse monétaire. Cela affaiblit la valeur du billet, provoque l’inflation et fait perdre du pouvoir d’achat aux citoyens. »

Cette sortie médiatique du porte-parole du gouvernement met en lumière une problématique aussi bien psychologique qu’économique : la confiance dans les institutions financières. En l’absence d’un retour durable de cette confiance, aucune politique monétaire ou technologique ne saurait régler à elle seule le problème de la liquidité en Guinée. La transition guinéenne se trouve ainsi face à un défi de taille : restaurer la crédibilité du système bancaire tout en favorisant l’inclusion financière.

 

Par Bountou Sylla, pour lerenifleur224.com