Du modèle français à la réalité guinéenne : Peut-on vraiment supprimer le CEE ? Un membre du SLECG pose l’équation et avance des arguments

La récente proposition du ministère de l’Enseignement Pré-Universitaire et de l’Alphabétisation (MEPU-A) d’étudier la suppression du Certificat d’Études Élémentaires (CEE) en République de Guinée suscite une vague d’inquiétude dans le milieu éducatif. Amara Kadiatou Camara, coordinateur régional, Secrétaire Général du SLECG de N’Zérékoré et membre du bureau exécutif national chargé de la lutte contre la corruption et la fraude, livre une analyse approfondie sur ce projet, mettant en garde contre ses implications profondes pour l’avenir du pays.

Dans son intervention, M. Camara rappelle que le CEE reste un diplôme essentiel dans plus d’une cinquantaine de pays à travers le monde, en Afrique comme ailleurs. Il souligne son importance non seulement comme repère académique à la fin du Primaire, mais aussi comme levier pour des emplois de base, particulièrement en milieu rural, où les débouchés sont rares pour les jeunes sans qualification.

À travers une comparaison avec la France, l’un des rares pays ayant supprimé ce diplôme, l’auteur met en lumière les conditions nécessaires pour une telle réforme : un système éducatif robuste, des ressources financières conséquentes, un personnel formé et une volonté politique cohérente. Or, selon lui, la Guinée ne réunit actuellement aucune de ces conditions.

Une enquête menée auprès de 576 enseignants dans la région forestière révèle que 96,7 % sont opposés à la suppression du CEE. Les arguments évoqués sont nombreux : effectifs pléthoriques, déficit d’enseignants qualifiés, infrastructures insuffisantes, et surtout, un système éducatif déjà en difficulté, où l’abandon de ce diplôme pourrait aggraver l’échec scolaire et l’exclusion.

Pour M. Camara, cette suppression risquerait d’être une « bombe à retardement » pour la jeunesse guinéenne. Elle compromettrait un repère fondamental dans le parcours scolaire et pourrait, à terme, accentuer la démotivation des élèves, en l’absence de reconnaissance officielle de leurs efforts au primaire.

La suppression du CEE ne saurait être abordée à la légère. Si certains pays s’y sont aventurés avec succès, cela s’est toujours fait dans le cadre de réformes de fond accompagnées de moyens considérables. En Guinée, le système éducatif souffre encore de multiples carences qui rendent une telle réforme prématurée et potentiellement néfaste. Le maintien du CEE, en attendant une refondation solide du système, apparaît pour beaucoup comme un impératif national. Le débat reste ouvert, mais il devra s’inscrire dans une logique inclusive, structurée et avant tout, patriotique.

 

 

Par Rama Fils, pour lerenifleur224.com