Jeunesse, drogues et oubli institutionnel : la CEDEAO veut changer la donne autour d’un atelier regroupant les acteurs régionaux

Dans le cadre de sa mission régionale de sensibilisation sur l’abus de substances psychoactives et la santé mentale, le Parlement de la CEDEAO a organisé, ce 19 juin 2025 à Conakry, un atelier de concertation et de partage d’expériences. Cette initiative vise à renforcer les efforts communs pour faire face à la montée inquiétante de la consommation de drogues et aux troubles psychiques dans l’espace ouest-africain.

 

 

La rencontre a réuni de nombreuses personnalités, dont le président du Conseil national de la transition (CNT), le président de la commission santé du Parlement de la CEDEAO, le directeur national des établissements hospitaliers publics et privés du ministère de la Santé, ainsi que des représentants de plusieurs ministères, des directions spécialisées et des forces de défense et de sécurité. À travers des panels de discussion et une projection documentaire, les participants ont échangé sur les méfaits de la drogue, les défis liés à la santé mentale, et ont formulé des recommandations concrètes.

Prenant la parole, Dr Dansa Kourouma, président du CNT, s’est réjoui de la tenue de cet atelier à Conakry, tout en dressant un constat alarmant de la situation actuelle des centres de traitement de la toxicomanie dans le pays

 

Dr Dansa Kourouma, président du Conseil National de la Transition (CNT)

 

« Nous avons une société majoritairement jeune. La jeunesse représente près de 60 % de la population guinéenne, voire 75 % si l’on élargit jusqu’à 40 ans. Que deviendra cette population si nous n’agissons pas ? Nos structures de prise en charge sont en très mauvais état, notamment le centre de Donka, que tout le monde sait délabrer. Ce manque d’infrastructures expose notre jeunesse à un avenir incertain. »

De son côté, Orlando Pereira Dias, président de la commission santé du Parlement de la CEDEAO, a souligné l’importance d’une approche coordonnée

 

Orlando Pereira Dias, président de la commission santé du Parlement de la CEDEAO

 

« L’atelier s’inscrit dans une démarche inclusive et régionale. Nos objectifs sont de créer un cadre de dialogue structuré, de partager les bonnes pratiques, et de formuler des recommandations concrètes pour renforcer nos réponses à tous les niveaux. »

Dr Falaye Conté, Directeur Régional des Centres Hospitaliers, a quant à lui tiré la sonnette d’alarme sur la montée silencieuse mais persistante de l’abus de substances psychoactives, rappelant les conséquences multiples sur la société

 

Dr Falaye Conté, Directeur Régional des Centres Hospitaliers

 

« La santé mentale, souvent négligée, est aujourd’hui un enjeu crucial. L’abus de drogues et d’alcool détruit non seulement la vie des jeunes, mais affaiblit aussi nos familles et alourdit nos structures de soins. Il faut une réponse multisectorielle et durable. »

Pour conclure les échanges, l’honorable Fanta Conté, conseillère au CNT et membre du Parlement de la CEDEAO, a rappelé le caractère transversal du problème

 

Honorable Fanta Conté, conseillère au CNT et membre du Parlement de la CEDEAO

 

« Ce n’est pas qu’un enjeu de santé publique, c’est un défi multidimensionnel qui touche notre sécurité, notre économie, notre système éducatif et notre stabilité sociale. »

 

 

L’atelier de Conakry a permis de poser les bases d’un engagement collectif plus fort contre l’abus de substances psychoactives et pour une meilleure prise en charge de la santé mentale. Il rappelle à tous les acteurs – politiques, sanitaires, sociaux et communautaires – qu’il est urgent de briser les tabous, d’investir dans la prévention, et de construire un avenir plus sain pour la jeunesse ouest-africaine. La CEDEAO, en mobilisant ses États membres autour de ces problématiques, envoie un signal fort : la lutte contre la toxicomanie et la promotion de la santé mentale sont des priorités régionales.

 

 

Par Ousmane Baldé, pour lerenifleur224.com