A Tombolia, en haute banlieue de Conakry, dans un coin discret, le silence d’une maison raconte une tragédie. C’est ici que vit Moussoukoura Traoré, une mère meurtrie, dévastée par la perte de sa fille unique, Tewa Mariam Condé, sauvagement assassinée à Bamako, au Mali. La jeune femme y travaillait dans un restaurant pour subvenir aux besoins de sa mère, en situation de handicap, restée en Guinée.
C’est entre larmes, silences étouffants et sanglots douloureux que Moussoukoura a accepté de livrer un témoignage bouleversant depuis son modeste domicile.
« Mon enfant est décédée à Bamako, au Mali. Elle travaillait dans un restaurant là-bas. C’est elle qui faisait tout pour moi. Elle était mon seul et unique enfant. Son corps est de retour… Elle était tout pour moi. Je suis handicapée, mon mari est décédé depuis longtemps. Je n’ai rien. Elle a laissé un enfant (un garçon). Comment vais-je l’élever ? Ma fille est allée en aventure à cause de moi », confie-t-elle, la voix brisée.
Dans cette voix éteinte par le chagrin, chaque mot pèse comme une pierre. La douleur est immense, le vide laissé par Tewa irréparable. Moussoukoura, déjà accablée par une vie difficile, se retrouve désormais seule face à une nouvelle épreuve : élever son petit-fils, le seul souvenir vivant de sa fille disparue.
La nouvelle de la mort de Tewa Mariam Condé est parvenue à sa mère de manière brutale, presque inhumaine.

« Comment j’ai appris sa mort ? Ce sont ses amis qui m’ont appelée. Ils ne savaient pas que j’étais sa mère. Ils me demandaient de leur fournir des informations sur sa filiation. Quand je leur ai donné les noms de son père et de sa mère, ils m’ont dit de prendre courage, que la personne concernée était décédée. J’ai crié, je suis tombée… Les voisins sont venus me secourir. »
À ce jour, Moussoukoura ne connaît que peu de détails sur les circonstances de l’assassinat. Tewa aurait été poignardée par des bandits un dimanche, un crime qui reste flou, douloureux et incompréhensible pour la famille.
Grâce à l’intervention de l’ambassade de Guinée au Mali, le corps de la jeune femme a pu être rapatrié dans son pays natal. Un geste de solidarité que Moussoukoura tient à souligner avec reconnaissance.
« C’est l’ambassadeur de Guinée au Mali qui nous a aidés pour le rapatriement du corps. Ce sont eux qui ont pris tous les frais en charge. Je leur dis merci. En même temps, je demande aux autorités de m’aider. Sinon, moi aussi, je n’aurai pas longue vie, car je n’ai plus personne pour me soutenir, ni pour soutenir l’orphelin qu’elle m’a laissé. »
Dans cette maison désormais emplie d’un silence pesant, l’odeur de l’encens flotte encore dans l’air, mêlée au souvenir d’un dernier adieu. Moussoukoura Traoré ne réclame ni luxe, ni pitié, mais simplement un soutien, une aide pour survivre et assurer un avenir à l’enfant de Tewa.
Moussoukoura Traoré n’est pas seulement une mère endeuillée. Elle incarne le visage d’un drame trop souvent passé sous silence, celui des femmes qui, dans l’ombre, portent seules le poids de la misère, de l’exil, et désormais, de la mort violente. Alors qu’elle s’apprête à enterrer sa fille ce mardi 27 mai à Conakry, elle lance un appel vibrant aux autorités et aux âmes charitables : pour que le sacrifice de Tewa Mariam Condé ne soit pas vain, et que l’enfant qu’elle a laissé derrière elle puisse grandir dans la dignité.
Par Rama Fils, pour lerenifleur224.com