Conakry : Une famille de 50 personnes expulsée à l’aube après la vente controversée de leur concession
À Taouyah, un quartier de la commune de Ratoma, une cinquantaine de membres de la famille Bangoura ont été brutalement expulsés de leur concession ce lundi 19 mai 2025 aux environs de 6 heures du matin. L’opération, menée par plusieurs pick-up de gendarmes, fait suite à la vente contestée du domaine familial par un membre éloigné de la famille, Ousmane Camara.
Selon les témoignages recueillis sur place, cette vente aurait été effectuée sans l’accord des ayants droit. M’mah Bangoura, l’une des victimes de l’expulsion, raconte

« On a vu les gendarmes débarquer vers 6 heures du matin alors qu’on dormait. Il y avait plus de 20 pick-up. Ils nous ont dit qu’ils venaient nous déguerpir parce que la concession avait été vendue. »
Ousmane Camara, cité comme l’auteur de cette vente, est accusé d’avoir agi en usurpant la propriété du terrain. Fils de la tante paternelle des Bangoura, il aurait affirmé que la concession appartenait à sa mère, aujourd’hui décédée. Selon les Bangoura, il aurait déjà vendu les biens hérités de son propre père avant de s’attaquer à ce domaine.
Djenab Bangoura s’insurge

« Cette concession appartient aux Bangoura. Depuis le début de cette rue jusqu’au fond, ce sont nos familles. S’il y a un autre nom, ce sont des épouses ou des locataires. Ousmane n’a jamais vécu ici. Il veut profiter du fait que nous sommes en majorité des femmes pour nous dépouiller. »
Le conflit autour de cette concession remonterait à 2007. À cette époque déjà, les deux parties s’étaient affrontées devant la justice. Alhassane Bangoura témoigne :
« Nous avions gagné le procès à l’époque. Ousmane Camara avait été condamné à payer une amende. On pensait que l’affaire était close. Ce matin, les gendarmes sont venus casser les maisons sans même avertir le chef de quartier. »
Il affirme également que la famille détient des documents prouvant leur droit de propriété, obtenue depuis l’époque coloniale lors du recasement de leurs parents par l’administration.
Sur les lieux, les dégâts sont visibles : portes, fenêtres et tôles arrachées, murs démolis. Les biens des habitants sont éparpillés en plein air. Des jeunes du quartier auraient même profité du désordre pour piller les matériaux de construction, selon plusieurs témoins.
Désespérée, M’mah Bangoura lance un cri de détresse au président de la transition :
« Nous demandons l’aide du président Mamadi Doumbouya. Nos parents sont morts, nous n’avons nulle part où aller. Mon frère, venu de Siguiri, a été arrêté. Je préfère mourir plutôt que de voir mes enfants dormir dehors. »
Au moment où notre équipe quittait les lieux, des ouvriers, supposément mandatés par le nouveau propriétaire, installaient des piquets pour délimiter le terrain, sous la protection des forces de l’ordre. De leur côté, les membres de la famille Bangoura s’apprêtaient à passer la nuit à la belle étoile, sur les ruines de ce qu’ils considèrent comme leur héritage ancestral.
Par Morikè Kaba, pour Lerenifleur224.com