Et si, finalement, l’Histoire donnait raison à Souleymane Dounoh Keita ? (Par Abdoulaye Condé)

Il y a des voix qu’on préfère ne pas entendre, parce qu’elles dérangent. Souleymane Dounoh Keita était de celles-là. Longtemps marginalisé au sein du RPG-Arc-en-Ciel, il a pourtant vu venir ce que beaucoup refusaient d’admettre. Aujourd’hui, alors que le parti traverse une tempête sans précédent, une question brûle les lèvres : et si Keita avait simplement eu raison trop tôt ?

Le RPG-Arc-en-Ciel, porteur d’espoir après la première République, n’a plus tenu de congrès depuis 1994. Trente ans de silence institutionnel, de débats verrouillés, de décisions concentrées entre quelques mains. Dès 2013, Keita a osé s’élever contre cet immobilisme. Il demandait du souffle neuf, une place pour les jeunes, une refonte des pratiques internes. On l’a suspendu. Quatre fois. En 2013, en 2015, en 2018 et aussi en 2021 après le fameux 05 septembre. Comme pour faire taire celui qui criait dans le désert.

Et puis, il y a eu le coup d’État de 2021. Le RPG, déjà affaibli, s’effondre un peu plus. Sa suspension récente par les autorités n’est que l’ultime secousse d’un édifice miné de l’intérieur.

Le plus tragique ? Ceux qui ont écarté Keita au nom de la discipline ont, sans le savoir, précipité la chute du parti. En rejetant toute remise en question, le RPG s’est figé, coupé de ses bases, de sa jeunesse, de son époque. Les jeunes, pourtant moteurs du changement dans le pays, s’en sont détournés. Les alliés d’hier se sont éclipsés. Et dans le vacarme de l’effondrement, la voix de Keita résonne comme un rappel amer : « Je vous l’avais dit. »

Le RPG avait pourtant une carte à jouer. Keita en avait dessiné les contours : des congrès réguliers, des primaires ouvertes, des quotas pour les jeunes, une transparence financière. Des idées simples, modernes, mais jugées subversives par une génération de cadres accrochés à leurs sièges. Résultat ? Le parti est devenu une coquille vide. Une structure sans vie, sans vision. Sa suspension n’est que le constat d’un lent suicide politique.

Mais tout n’est pas perdu. L’Histoire ne punit pas toujours. Parfois, elle tend une main. Le RPG peut renaître. À condition d’avoir le courage de tout repenser. D’organiser enfin ce congrès. De réécrire son projet dans une Guinée post-Alpha Condé.

Aujourd’hui, Keita n’a peut-être pas gagné les batailles internes. Mais il remporte celle de la lucidité. Ce qu’on prenait pour de l’insoumission était en réalité un sursaut de responsabilité. Ses idées sont désormais une boussole pour tous les partis en mal de repères.

Le RPG a donc un choix à faire. Écouter enfin ceux qu’il a mis de côté, ou sombrer définitivement. Dans une Afrique où 70 % de la population a moins de 30 ans, il n’y a plus de place pour les structures figées.

Keita l’a compris il y a plus de dix ans. Le RPG saura-t-il, à son tour, entendre ce que l’Histoire murmure ?

 

 

Abdoulaye Condé, politologue.