L’affaire opposant le président du parti MoDeL, Aliou Bah, à l’État guinéen a connu un nouveau rebondissement ce mercredi. L’opposant politique a comparu devant la Cour d’appel de Conakry pour répondre aux accusations de diffamation et d’offense à l’égard du chef de l’État. Un procès qui s’inscrit dans un climat politique déjà marqué par de nombreuses tensions.
Sous la présidence de la juge Hadja Fatou Bangoura, l’audience s’est ouverte par un rappel des faits reprochés à l’accusé. Le ministère public lui reproche des déclarations jugées attentatoires à l’honneur du président de la République. Invité à s’exprimer sur ces accusations, Aliou Bah a rejeté en bloc les charges retenues contre lui. « Je ne reconnais pas les faits qui me sont reprochés », a-t-il déclaré fermement à la barre.
L’opposant a ensuite livré un plaidoyer où il a dénoncé ce qu’il qualifie d’acharnement politique. Il a insisté sur son engagement citoyen et politique, soulignant que ses prises de position respectaient le cadre légal guinéen.
« Les critiques que je formule sont des critiques qui sont adossées à la loi », a-t-il affirmé.
Aliou Bah est également revenu sur les circonstances de son arrestation, survenue à la frontière de Pamelape alors qu’il se rendait à Freetown. Il a décrit son interpellation brutale et son transfert sous haute surveillance jusqu’à Conakry, sans qu’aucune notification officielle ne lui soit faite.
« Nous avons été pris en charge par des pick-up de gendarmerie composée de personnes cagoulées, armées jusqu’aux dents », a-t-il relaté, dénonçant des conditions de détention difficiles.
« De Pamelape, pratiquement de Maferenya jusqu’à Conakry. A Conakry, j’ai été gardé pendant 4-5 nuits dans une cellule insalubre où j’ai été obligé de me coucher au sol en partageant ma cellule avec plusieurs autres personnes qui étaient des inconnues. Humainement, lorsqu’on se retrouve dans une situation comme ça, vous discutez avec les gens. J’ai compris que je n’étais pas dans un endroit approprié. Bien naturellement, j’ai enduré cette situation. Je t’ai préparé psychologiquement parce que je sais, je connais l’histoire de mon pays pour l’avoir étudié, pour l’avoir toujours vécu ici. »
Malgré ces épreuves, l’opposant se dit déterminé à poursuivre son combat politique :
« Ces conditions, je les ai acceptées. Ainsi, j’ai été déféré à la maison centrale inculpé. Lorsqu’il y a eu le procès, tout ce qui a été développé comme argument n’était pas de nature à prouver une quelconque offense, encore moins une diffamation vis-à-vis de qui que ce soit. Chaque fois que je me suis prononcé, et vous aurez peut-être l’occasion de voir les vidéos, je me suis prononcé dans un cadre légal à l’occasion des meetings au siège du parti, à l’occasion de mes prises de position avec les médias par rapport à des interviews. Bien naturellement, tout ceci a été collecté par ceux qui voudraient me faire du mal (…) Si c’était un sacrifice à consentir pour que les Guinéens se sentent bien un jour, je ne le regrette pas. »
Alors que la défense insiste sur l’absence de preuves tangibles, le ministère public campe sur sa position et réclame une condamnation exemplaire. Le verdict de la Cour d’appel sera déterminant, non seulement pour Aliou Bah, mais aussi pour l’avenir du débat politique en Guinée.
Une dépêche de Mimi Bangoura, pour lerenifleur224.com depuis la Cour d’Appel de Conakry