Entre critiques de la transition et préparatifs électoraux ( Par Aliou Badra Cheickhna Koné)

Il est fascinant d’observer les contradictions flagrantes qui jalonnent le discours politique en Guinée. Les mêmes acteurs politiques qui ne cessent de critiquer la transition et l’année électorale annoncée par le Président de la République sont curieusement ceux qui, en parallèle, s’affairent à organiser les congrès de leurs partis politiques. Ces congrès, loin d’être anodins, s’inscrivent dans une stratégie bien claire : préparer leurs formations politiques pour les échéances électorales à venir.

Cela pose une question fondamentale : ces critiques sont-elles sincères ou relèvent-elles d’un jeu politique opportuniste ? D’un côté, ces leaders s’acharnent à décrier la transition, dénonçant un calendrier électoral qu’ils jugent précipité ou irréaliste. Ils tentent, par leurs discours, de semer le doute sur la capacité des autorités de la transition à mener à bien ce processus. Mais, d’un autre côté, leurs actions trahissent une tout autre réalité : ils se préparent activement à entrer en lice pour ces mêmes élections qu’ils critiquent publiquement.

Cette incohérence met en lumière une posture politique classique : celle de critiquer pour exister, tout en s’assurant de ne pas manquer le train en marche. Car, au fond, ils savent que cette transition représente une opportunité historique de refondation pour notre pays, mais aussi un terrain de reconquête politique qu’ils ne peuvent se permettre d’ignorer.

Plutôt que de jouer un double jeu, il serait plus honnête et constructif pour ces acteurs de participer activement à la réussite de cette transition. Il ne s’agit pas seulement d’une question de crédibilité, mais d’un devoir envers le peuple guinéen. La transition n’est pas l’affaire d’un individu ou d’un groupe, mais une responsabilité collective qui nécessite l’implication sincère de toutes les forces politiques et sociales du pays.

Critiquer le calendrier électoral ou les réformes en cours est légitime si cela est fait dans une optique constructive. Mais ces critiques doivent s’accompagner de propositions claires et réalisables. La politique ne doit pas se limiter à une série de coups médiatiques ou de manœuvres tactiques ; elle doit viser l’intérêt général, en particulier dans une période aussi sensible que celle que traverse actuellement notre pays.

En tant que président de la délégation spéciale de Matam, je crois fermement que cette transition, malgré ses imperfections, représente une chance unique de corriger les erreurs du passé et de bâtir un avenir meilleur pour la Guinée. Mais cela ne pourra se faire sans une mobilisation collective et un sens élevé des responsabilités de la part de tous les acteurs politiques.

Les partis politiques doivent assumer leur rôle avec sérieux et cohérence. Si l’objectif est véritablement de contribuer à la reconstruction de notre pays, alors il est temps de mettre de côté les postures contradictoires et de s’engager pleinement dans le processus en cours. Cette transition n’est pas un obstacle à leurs ambitions ; elle est, au contraire, un cadre dans lequel chacun peut participer à l’écriture d’une nouvelle page de notre histoire.

Le peuple guinéen observe. Et il jugera. À nous de faire preuve de maturité et de sincérité pour ne pas manquer cette opportunité historique.

 

 

Par Aliou Badra Cheickhna Koné